J'ai senti la mort. Je l'ai sentie s'approcher dans le silence, comme une présence froide qui se glisse entre les battements d'un cœur. Ses mains glacées ont traversé mon corps et mon âme, me laissant paralysé devant une vérité que je refusais d'accepter.
Je n'avais qu'une seule pensée. Lui.
Son visage revenait sans cesse dans mon esprit. Son sourire. Sa voix. Tout ce que nous avions partagé. Je voulais le protéger. Je voulais le sauver de ce destin cruel qui s'acharnait sur lui. J'aurais affronté les ténèbres elles-mêmes pour lui offrir une seule chance de vivre.
Mais parfois, l'amour ne suffit pas.
J'ai essayé. Par tous les moyens. J'ai cherché une issue là où il n'y en avait aucune. J'ai refusé d'abandonner alors que tout me criait que la bataille était déjà perdue. Chaque pas que je faisais vers lui semblait pourtant l'éloigner davantage. Comme si une force invisible se moquait de mes efforts et de mes espoirs.
Et lorsque tout s'est terminé, je suis resté là, incapable de bouger, incapable même de respirer. Le monde continuait d'exister autour de moi, mais il avait perdu toute sa lumière.
Parce qu'il n'était plus là.
Parce que j'avais échoué.
Erzadon... je suis désolé.
Je sais que ces mots ne changeront rien. Ils ne te ramèneront pas. Ils ne répareront pas mes erreurs ni les promesses que je n'ai pas réussi à tenir. Pourtant, c'est tout ce qu'il me reste.
J'aurais dû être plus fort.
J'aurais dû trouver un moyen.
J'aurais dû te sauver.
Maintenant, je porte seul le poids de cette faute. Chaque jour, chaque nuit, je revis ce moment où tout m'a échappé. Et plus le temps passe, plus la douleur grandit, car je sais que je donnerais tout ce que je possède pour entendre ta voix une dernière fois.
Alors je te le demande, même si je ne suis pas certain de mériter une réponse.
Erzadon...
Pourras-tu me pardonner ?
Pourras-tu pardonner à l'homme qui t'aimait plus que sa propre vie, mais qui n'a pas été capable de te protéger lorsque tu avais besoin de lui ?
Car moi, je crains de ne jamais pouvoir me pardonner. Jamais.
Parmi les reliques exhumées et les archives poussiéreuses laissées par les anciens disciples, peu de textes brillent avec autant de ferveur que ceux dédiés au Premier Fils. Connu sous le nom de Quezacoalt, ou plus communément invoqué en tant que « Le Soleil », il est l'extension la plus pure et la plus active de la volonté de sa mère, Xellathrae. Là où la Divinité Verte offre un sanctuaire de paix intérieur et une résilience silencieuse, Le Soleil agit comme une force en mouvement, une lumière perçante conçue pour traquer les ombres qui s'agrippent à la psyché humaine.
Il n'incarne pas l'astre impitoyable qui calcine les terres et aveugle les hommes par une fureur ardente — ce domaine de destruction pure appartient à la rage aveugle de son oncle, Cartharos. Au contraire, la lumière de Quezacoalt est semblable à une aube douce et salvatrice. Selon les traductions des gravures émeraude, son rôle cosmique est de dissiper l'épaisse brume mentale qui s'empare des esprits brisés. Sa chaleur spirituelle réchauffe les cœurs meurtris par la terreur et l'angoisse, leur insufflant une vitalité nouvelle et une clarté absolue.
Les fresques dégradées le dépeignent souvent comme une entité céleste majestueuse, descendant des cieux pour envelopper les mortels dans une aura lumineuse qui repousse la folie. Ses prêtres affirmaient autrefois que contempler les premiers rayons de l'aube en invoquant son nom permettait de cautériser les traumatismes invisibles et de rendre l'esprit sourd aux murmures corrupteurs d'Ultherion.
Cependant, les fragments du texte comportent un avertissement subtil : la lumière de Quezacoalt, bien que profondément bienveillante, est intransigeante. Elle exige de ses fidèles de ne conserver aucune zone d'ombre en eux. Sous son regard zénithal, toutes les illusions et les mensonges que l'on se raconte à soi-même sont impitoyablement mis à nu. Pour recevoir la véritable guérison du Soleil, le mortel doit accepter d'être temporairement ébloui par l'éclat brut de ses propres failles.
Parmi les récits fragmentés qui tapissent les murs des anciens temples, l'histoire de la divinité rouge, Cartharos, ne peut être racontée sans évoquer celle de sa sœur, Xellathrae. Leur lien n'est pas celui d'une affection fraternelle mortelle, mais celui d'une éternelle opposition cosmique, une nécessité absolue pour empêcher l'univers de sombrer dans le chaos total.
Cartharos, le Seigneur Rouge de la Force Brute, est l'incarnation même de la puissance physique, de la guerre et de la destruction pure. Là où il pose son regard, le monde s'embrase. Les lieux soumis à son influence baignent dans une énergie brute et une tension insoutenable. Il méprise ouvertement la subtilité, la réflexion et la sagesse, ne jurant que par la domination physique. Ceux qui se plient à sa volonté et reçoivent sa malédiction, La Ira del Coloso , acquièrent une force colossale capable de pulvériser la pierre. Mais le prix de ce pouvoir est la perte totale de leur humanité : leur esprit est consumé par une rage aveugle, les rendant incapables de distinguer le sang de leurs alliés de celui de leurs ennemis.
Face à ce brasier de violence perpétuelle se dresse Xellathrae, la Divinité Verte. Si Cartharos est la tempête, sa sœur est l'œil du cyclone. Leur relation est définie par la place sacrée qu'ils occupent dans le grand cycle de domination des dieux. Alors que la force inarrêtable de Cartharos écrase sans pitié les subtilités magiques de leur frère Ultherion, le Seigneur Rouge trouve son seul et unique maître en la personne de sa sœur. Xellathrae est la seule force de l'univers capable de contrer Cartharos.
Elle ne s'oppose pas à ses coups fracassants par des boucliers physiques ou des armes, mais par le vide parfait de la sérénité absolue. La clarté mentale et la paix d'esprit qu'elle insuffle ont le pouvoir miraculeux d'apaiser la violence volcanique et la soif de sang de son frère. Lorsqu'un champion de Cartharos charge, ivre d'une fureur destructrice, c'est l'empathie et l'harmonie de Xellathrae qui éteignent le brasier dans son esprit, ramenant la créature enragée à un état de quiétude paralysante.
Ainsi, le frère et la sœur sont enchaînés l'un à l'autre. Cartharos hait profondément le calme absolu que sa sœur impose, car il représente la fin de son règne de destruction. Pourtant, sans la présence apaisante de Xellathrae pour tempérer ses excès, le feu de Cartharos aurait depuis longtemps consumé le monde entier, ne laissant derrière lui que des cendres froides où même la guerre n'aurait plus de sens. Ils sont le poison et l'antidote éternels, la chair déchirée et la cicatrice, condamnés à une étreinte conflictuelle jusqu'à la fin des temps.
La légendaire Clé de Xellathrae, artefact d'émeraude ouvrant la voie vers l'harmonie absolue, n'est plus entière. Pour protéger le sanctuaire des esprits indignes et corrompus, elle fut délibérément brisée en quatre emblèmes distincts, dissimulés avec soin dans les recoins les plus sombres du domaine.
Celui ou celle qui espère retrouver cette paix devra mener une quête méticuleuse :
Ce n'est qu'en bravant ces énigmes et en réunissant ces quatre reliques que la clé originelle sera reforgée, permettant de déverrouiller la voie vers la résilience et d'échapper à la folie ambiante. Réfléchis donc bien avant de franchir ces portes d'émeraude. Cherche la guérison si ton cœur est sincère et prêt, mais souviens-toi toujours que la paix de Xellathrae exige une discipline de fer qu'une simple poignée de mortels peut espérer maintenir.
Je cherche ton phare, mais j'ai beau scruter le vide, je ne te trouve nulle part. Alors, je vais me laisser emporter par la mort elle-même... Je la vois déjà s'avancer vers moi, drapée dans son grand manteau noir, couronnée de ses cheveux blancs... Mais quelque chose cloche.
Je ressens une étrange familiarité en contemplant cette lumière, et je commence à croire qu'elle n'est pas la fin, mais bien le commencement... un guide pour m'aider à te retrouver.