Un poème gravé ou six plaques décrivant leur rôle
Je suis la plus libre, je vais où bon me semble
si je tombe, tout est perdu
Je vais droit et fort
Je bondis au combat en biais ou en sautant
Petit mais premier sang versé
Un poème gravé ou six plaques décrivant leur rôle
Je suis la plus libre, je vais où bon me semble
si je tombe, tout est perdu
Je vais droit et fort
Je bondis au combat en biais ou en sautant
Petit mais premier sang versé
Mon sang s’est figé sous le poison discret. J’ai trop vu. Trop compris. Le Requin, chef des lieux, a plongé dans l’océan, fuyant sa propre honte. L’amour s’est mué en Serpent, et l’espoir s’est dissous dans le silence.
Avertissez les Vexlow… Dites-leur que Kyle Vexlow a échoué.
Que le Roi des Cendres m’accorde le pardon que je n’ai su mériter.
— K.
Extrait du dossier « le Théâtre du Papillon Noir »
La Gazette du Matin – 3 février 1793
Disparition inquiétante d’une jeune pianiste
La jeune prodige Ariane Wexley, 17 ans, engagée pour les représentations d’hiver du Théâtre Saint-Luthien, a disparu dans des circonstances mystérieuses. Vue pour la dernière fois entrant dans la serre attenante au théâtre, elle n’en est jamais ressortie. Malgré plusieurs fouilles organisées dans les jardins et sous-terrains, aucun corps n’a été retrouvé. Le théâtre a reporté ses représentations musicales par respect pour la famille.
Le Journal du Comté – 12 août 1794
Étranglement au parterre : un enfant de troupe retrouvé mort
Émilien R., 10 ans, chargé de porter des rafraîchissements aux artistes durant les entractes, a été retrouvé sans vie sous les bancs du parterre. L’enfant portait des traces nettes de strangulation. Aucune arrestation n’a suivi, bien que plusieurs artistes aient signalé des mouvements étranges dans les coulisses ce soir-là. L’administration du théâtre n’a pas suspendu ses activités.
Le Courrier de Londres – 7 mai 1796
La disparition d’Isadora reste inexpliquée
Isadora Davenne, costumière et scénographe, a été vue pour la dernière fois en compagnie d’Esméralda Sunderlin dans les combles du théâtre. Selon les déclarations d’Esméralda, Isadora aurait quitté Londres dans la nuit pour rejoindre un fiancé à Glasgow, avec son aide. Cependant, aucune lettre, aucun billet, ni témoin n’est venu confirmer cette fuite. Sa famille, inquiète, a déclaré sa disparition, mais aucune enquête n’a été ouverte.
London Herald – 28 janvier 1798
Accident tragique au Papillon Noir : un régisseur périt dans les flammes
Lors de la répétition de la pièce Les Larmes de la Guerre, le régisseur en chef, Jonas Merle, a été mortellement brûlé alors qu’il manipulait une réserve de poudre noire pour un effet pyrotechnique. Le feu s’est déclaré dans la salles des armures, ne laissant aucune chance au malheureux, pour uenr aison inconnue les porte étais vérouiller de l’intérieuré Le théâtre a plaidé un “incident malheureux dû à une négligence”, mais certains membres du personnel parlent d’un acte prémédité.
Les jours s’assombrissent et le poids de la vérité devient impossible à ignorer. Esméralda, cette femme que j’ai aimée, est entourée d’une ombre funeste. Quatre de ses enfants ont péri, l’un après l’autre, dans des circonstances qui défient toute logique. Accidents tragiques, maladies inexpliquées, chaque perte laisse une cicatrice que rien ne saurait guérir.
Je refuse de croire que le destin est aussi cruel par hasard. Quatre enfants… ce n’est pas une simple fatalité. Si ce n’est pas Esméralda elle-même, alors elle a dû provoquer la colère du Tout-Puissant. Comment expliquer autrement tant de malheurs réunis sur une seule famille ?
Je sens en moi la guerre silencieuse entre l’amour et le doute. Si elle est vraiment l’autrice de ces malheurs, quelle part d’ombre cache-t-elle en elle ? Mais si ce n’est pas elle, alors c’est quelque chose de plus sombre, quelque chose que je ne peux ni voir ni comprendre. L’angoisse me ronge.
Je dois découvrir la vérité avant que la malédiction ne détruise tout ce qui nous reste.
Auteur : Directeur E.G.Daté du 6 octobre 1797
Si quelqu’un lit ceci, sachez que je n’ai pas fui. J’ai été enfermé. Enterré vivant.
Je ne sais plus depuis combien de temps je suis ici. Les heures ont fui comme le sang de mes ongles contre la pierre.
Je reconnais ce cercueil. Je l’ai moi-même fait sculpter pour la scène de Roméo. Ironique, n’est-ce pas ?
Isaac Sunderlin… Il m’a trahi.
Mon adjoint. Mon ami.
Il prétendait vouloir sublimer l’art. Il ne cherchait que le pouvoir.
Il a pactisé avec l’homme aux gants noirs. Il a laissé le Dr Fex installer ses machines dans les fondations du théâtre. J’ai tenté de l’arrêter. Alors il m’a fait enfermer ici, sous les applaudissements imaginaires d’un public invisible.
Quelque chose dans l’air… une brume bleutée, douce et âcre à la fois. Elle me pénètre. Me ronge.
Mes pensées se dispersent, comme des feuilles mortes dans les galeries.
Parfois, j’oublie mon nom. Parfois, j’entends des voix qui ne sont pas les miennes.
Je crois qu’elles m’appellent à devenir autre chose.
Mon corps me trahit. Mes ongles tombent. Mes veines noircissent. Et pourtant, je suis encore là.
Je me souviens du Théâtre, de la lumière, des rires, des premières…
Si quelqu’un me trouve, je vous en conjure : brisez le sceau rouge. Que la vérité ressurgisse des planches.
Et si je ne suis plus moi-même lorsque vous me trouverez…
Faites vite.
Le masque tombe, mais le monstre demeure.
Ce message est le seul et unique avertissement que vous recevrez. Les actes commis dans les sous-sols du Théâtre du Papillon Noir, en collaboration avec le Dr. Fex, ont franchi la limite de l’inacceptable. Les Roses de Minuit observent.
Vous jouez avec des forces qui ne devraient jamais être éveillées. Les cris ne s’effacent pas simplement avec des rideaux, et l’odeur du sang ne se mêle pas au parfum des coulisses.
Cessez ces atrocités. Détruisez vos jouets. Refermez les passages.
Si l’un de nos membres est contraint de poser un pied au sein de votre établissement, il ne restera rien. Ni de vos archives. Ni de vos murs. Ni de vos cendres.
— Andrew Devis
Second des Roses de Minuit 6e D’octobre 1789
Ils se relèvent.
Je les ai vus. Le regard vide, puis la convulsion, et ensuite… l’impossible.
Certains morts ne le restent pas. Et ce ne sont plus les nôtres quand ils se relèvent. Je croyais que l’argent suffisait, ou une lame bénie… mais non.
Il faut les brûler.
Tant que leur chair subsiste, ils trouvent le moyen de muter. De devenir autre chose. Plus forts. Plus sauvages. Parfois, même leur tête pulvérisée ne suffit pas.
Le mal qui les habite… je ne le comprends pas. Mais je sais ceci : le feu du Seigneur les purifie.
Je garde toujours de l’huile et des allumettes à portée. Et je prie. Je prie qu’ils ne cognent pas encore à la trappe, là-dessous.
« J’ai façonné ce bras comme on sculpte un adieu. Chaque phalange, chaque articulation de bois dissimule un souvenir que mon propre squelette refusait d’oublier. C’est de mes os que naquit ce membre factice, un jumeau inerte que j’ai suspendu au mur, cloué à la place de mon vivant passé.
L’homme que j’étais n’est plus. Le théâtre ne souffre pas les demi-mesures.
Si un jour quelqu’un restitue à ce corps son bras véritable — celui-ci, préservé dans les ombres du théâtre — alors je lui offrirai ce que je ne pouvais accorder aux vivants : mon sang.
Une goutte suffira à calmer la Bête qui pleure dans le grenier. Elle saura reconnaître la forme de ce sacrifice. »
(non signée, datée de 1796)
Note interne – Pour usage urgent seulement
Les racines ont finalement pris vie dans la serre. Elles pulsent, s’étendent, et certaines réagissent aux vibrations. Je crois que le Chant les a éveillées. Elles ne sont plus passives.
Le composé Herbicide A-3 devrait fonctionner comme prévu. Toutefois, j’ai observé un comportement inhabituel : il ne fait effet que si l’irrigation est déclenchée par la valve du côté rouge, et non celle du côté bleu.
Ne pas répéter mon erreur — j’ai perdu un arrosoir et un bras du vieux mannequin en tentant le mauvais côté.
Agir vite. Avant qu’elles ne gagnent les murs.
— E.G.
Le soir encore pèse. Elle refuse. Elle s’assoit devant ce miroir — et elle attend. Même lorsque la scène l’appelle, même lorsque la salle bruisse d’impatience. Elle prétend qu’il y a des soirs où son reflet la précède, d’autres où il l’accuse.
Je l’ai trouvée là, immobile, les mains pleines de maquillage sec, la robe encore ouverte sur l’épaule. Elle murmurait des phrases en latin — ou peut-être était-ce du théâtre. On ne sait jamais, avec elle.
Elle m’a demandé de ne pas la regarder. Elle m’a dit : “Ce n’est pas moi, ce soir.”
Ce n’est pas la première fois.
La pleine lune semble la soumettre à quelque chose d’oublié. Peut-être un serment ancien.
Je ne poserai plus de questions. Mais j’ai peur.
Si elle se perd dans cette pièce encore une fois… je crois que je ne pourrai plus l’en faire sortir.
— I.S.